Centre historique de Quimper : un écrin de savoir-faire artisanal
Au détour de ses ruelles pavées, à l’ombre des maisons à pans de bois et dans le regard des habitants, Quimper dévoile un secret bien vivant : celui de ses métiers d’art. Non, Quimper n’est pas un musée à ciel ouvert. C’est une ville où la tradition artisanale s’incarne quotidiennement, entre héritage médiéval et créativité contemporaine. Le centre historique, lové autour de la cathédrale Saint-Corentin, regorge encore d’ateliers où l’on façonne, transforme et embellit la matière, perpétuant des gestes séculaires qui font toute la singularité de la Cornouaille.
Une histoire millénaire d’artisanat d’art à Quimper
Depuis le Moyen Âge, Quimper s’affirme comme un foyer de métiers d’art. Les corporations se structurent au gré des besoins de la cité fortifiée : potiers, tanneurs, ciergiers, puis, à partir du XVIIIe siècle, faïenciers, brodeurs, graveurs s’installent entre les rues Kéréon et du Sallé. Déjà en 1710, la manufacture de faïence de Locmaria voyait le jour, bénéficiant à la fois de l’argile locale et de l’essor du commerce maritime. Ce tissu artisanal se diversifie au fil du temps, porté par le dynamisme économique et culturel de la ville.
- En 2022, la Cornouaille compte plus de 70 ateliers labellisés « métiers d’art », dont plus d’une vingtaine au cœur de Quimper même (source : Chambre de Métiers et de l’Artisanat Bretagne).
- La ville est reconnue « Ville et Métiers d’Art » depuis 2016, témoignant de son engagement à valoriser les artisans locaux.
Faïence de Quimper : entre tradition et innovation
Impossible d’évoquer Quimper sans parler de la faïence ! Née en 1690 avec la manufacture de Jean-Baptiste Bousquet, elle n’a cessé de se réinventer. Les motifs polychromes – le fameux « petit breton », les scènes de pardon, les décors fleuris – sont peints à la main selon la tradition du « grand feu », garantissant l’unicité de chaque pièce.
Les ateliers emblématiques du centre historique
- HB-Henriot (rue du Sallé) : la plus ancienne manufacture active, qui propose encore aujourd’hui des démonstrations de tournage, émaillage et décoration à la main. Plus de 200 motifs différents sont encore peints à la main chaque année (HB-Henriot).
- Faïencerie d’Art Breton : installée dans le quartier de Locmaria depuis 1923. Elle collabore régulièrement avec des artistes contemporains, renouant avec la tradition des scènes régionales tout en explorant des formes nouvelles.
Depuis plus de 330 ans, la faïence de Quimper fait rayonner l’image du territoire bien au-delà des frontières (60 % des pièces sont exportées).
La broderie d’art : l’or et la soie sur le fil des siècles
Quimper perpétue aussi l’un des arts textiles les plus raffinés de France. Dès le XIXe siècle, la ville accueille de nombreux ateliers de broderie, témoignant du prestige du costume traditionnel cornouaillais, notamment lors des grandes fêtes comme les pardons ou le célèbre Festival de Cornouaille.
Le point d’orgue : les ateliers de broderie du centre
- Maison Le Minor : Fondée en 1936, cette maison historique perpétue la broderie « glazik » (du pays Glazik, autour de Quimper), célèbre pour ses motifs géométriques et ses fils de soie colorés. Aujourd’hui encore, chaque coiffe ou gilet brodé nécessite plus de 30 heures de travail manuel.
- Atelier Pascal Jaouen (rue Kéréon) : Pascal Jaouen, maître brodeur, donne une vision contemporaine à cette tradition. Il a formé des centaines d’apprenties et ravivé l’art du fil d’or avec des stages ouverts à tous (Ecole de Broderie d’Art Pascal Jaouen).
Une anecdote : plus de 2100 costumes traditionnels brodés ont été portés en une seule journée lors du grand défilé du Festival de Cornouaille, record historique pour la ville (source : Le Télégramme, 2019).
Le vitrail et la verrerie : lumière et couleurs à la bretonne
Quimper brille aussi par la diversité de ses métiers liés au verre. L’art du vitrail, introduit dès le XIVe siècle avec la cathédrale, trouve un renouveau au XXe siècle. Certains ateliers du centre-ville perpétuent les techniques traditionnelles de coupe et de sertissage au plomb.
Verriers et maîtres-verriers aujourd’hui
- Vitraux Quimpérois (dans le quartier Locmaria) : Spécialisé dans la création et la restauration de vitraux, l’atelier travaille régulièrement à la restauration du patrimoine religieux breton, mais aussi à des créations contemporaines pour des particuliers.
- L’Atelier du Verre : Propose des pièces de verrerie artistique soufflées à la bouche et des bijoux en verre filé, tous entièrement fabriqués dans le centre historique.
Un chiffre marquant : rien que sur Quimper, plus de 900 m² de vitraux historiques ont été restaurés entre 1990 et 2020, dont 250 m² dans la cathédrale Saint-Corentin (source : Ville de Quimper).
La lutherie : l’accord secret du bois et de la corde
Le centre historique abrite aussi des ateliers de lutherie : fabrication, réparation et restauration d’instruments à cordes. Un travail de patience, où chaque détail – essence du bois, vernis, ajustement des chevilles – fait la différence sur la sonorité.
- Atelier Rest Luthier (rue Kéréon) : Spécialisé dans les violons, altos, violoncelles, mais aussi bombarde ou harpe celtique, instruments chers à la musique bretonne. Cet atelier reçoit des musiciens de toute la région, et même de l’international.
- Environ 150 instruments y passent chaque année pour entretien ou restauration (d’après l’association des luthiers bretons).
Un savoir-faire peu visible mais essentiel : lors du Festival de Cornouaille, 85 % des instruments traditionnels joués sur scène sont issus d’ateliers locaux (source : festival-cornouaille.bzh).
La gravure et l’estampe : mémoire sur papier
Des artistes graveurs ont élu domicile dans les ruelles de Quimper, réinterprétant les paysages de Cornouaille. Qu’il s’agisse de linogravure, d’eaux-fortes ou de cartes en taille-douce, le geste artisanal occupe ici une place centrale.
- Atelier Terre d’Estampes : Organise chaque année des expositions et des initiations, notamment lors des Journées Européennes des Métiers d’Art où l’on peut s’essayer à la gravure.
- Au moins 40 artistes professionnels ou semi-professionnels sont inscrits dans les registres des métiers de la gravure en Cornouaille occidentale (source : Fondation Taylor).
Le cuir, la maroquinerie et la sellerie : tradition et modernité
La tradition du cuir à Quimper remonte à l’époque médiévale avec la « rue des Tanneurs ». Aujourd’hui, le quartier accueille encore de petites échoppes perpétuant le travail du cuir, façonnant ceintures, sacs, accessoires… Le geste reste fidèle : découpe, couture à la main, finition à l’ancienne.
- La Sellerie du Centre : fabrique toujours selon des techniques anciennes, propose aussi du sur-mesure et des stages d’initiation.
- Atelier Mikaparka (rue Kéréon) : mis à l’honneur lors du Salon International du Cuir de Paris.
Fun fact : certains outils en bois utilisés dans ces ateliers datent du XIXe siècle et sont toujours en service !
Les métiers d’art dans la vie quotidienne de Quimper
Les ateliers d’art ne sont pas de simples vitrines patrimoniales : ils participent activement à la vie urbaine. Nombre de ces artisans ouvrent leurs portes au public lors d’événements dédiés :
- Journées Européennes des Métiers d’Art : plus de 2000 visiteurs chaque année à Quimper dans les ateliers ouverts.
- Nocturnes artisanales d’été : une douzaine d’ateliers proposent des démonstrations en direct dans le quartier médiéval, une belle occasion d’échanger avec les créateurs !
De plus, de nombreuses collaborations voient le jour entre artisans d’art et jeunes créateurs, renouvelant ainsi le visage du centre historique. En 2023, 7 nouveaux ateliers ont ouvert leurs portes rien qu’en Cornouaille occidentale, portés par une vraie dynamique de transmission (source : CMA Bretagne).
Un centre historique inspirant et vivant
Qu’il s’agisse d’un bol breton peint à la main, d’une coiffe brodée, d’une vitrine illuminée par des vitraux multicolores ou du son boisé d’un violon de luthier, le centre historique de Quimper cultive une relation intime avec ses métiers d’art. Ces gestes d’atelier, transmis souvent de main en main depuis plusieurs générations, font de la ville une destination incontournable pour tous les amoureux de créations authentiques.
Ainsi, la promenade dans les ruelles quimpéroises n’est jamais banale : c’est une invitation à la rencontre, à l’émerveillement et à la découverte sans cesse renouvelée de la diversité créative locale. La Cornouaille, décidément, a su garder précieusement le goût du beau et du fait main, entre tradition et audace.